Coureurs des bois


Chanterelle

Cantharellus cibarius

Émission du 11 juin 2009

Personne, pas même le cueilleur chevronné, ne reste indifférent à la découverte d’une grosse talle de chanterelles. Sur fond gris et noir de litière forestière ou vert tendre de mousses, les belles chanterelles, orangées sautent aux yeux. Pour qui les connaît, elles évoquent spontanément une odeur unique d’orange et d’abricot et rappellent d’heureux souvenirs de festins gastronomiques. La chanterelle, qu’on appelle aussi girolle, est sans contredit parmi les quelques champignons les plus connus au monde et les plus appréciés.

Chanterelle

Habitat

La chanterelle n’est pas très sélective en ce qui a trait à son habitat et pousse sur tout le territoire québécois. On la retrouve isolée ou en groupes dans les forêts de conifères ou mixtes dont le sol est plus acide, mais rarement dans les forêts de feuillus. La chanterelle apprécie les zones ombragées ; elle pousse donc souvent au pied des conifères, ou sous des amas de branches.

Identification

Ce que nous nommons les champignons (carpophores) sont en fait des organes de reproduction, l’équivalent du fruit d’une plante et sont formés par le mycélium, un ensemble de filaments plus ou moins ramifiés qui habitent généralement le sol ou de la matière ligneuse (des arbres).

L’identification des champignons se fait d’abord par l’observation du chapeau, du pied et des lamelles.

La chanterelle se reconnaît d’abord à sa couleur jaune/orangé. Son chapeau est convexe et prend la forme d’un entonnoir lorsque le spécimen vieillit. La marge du chapeau, c’est-à-dire le rebord, est incurvée. Le pied, de la même couleur que le chapeau, est plein, droit et ferme. Les lamelles jaunes sont décurrentes (elles descendent vers le pied), étroites et fourchues.

Période de cueillette

La chanterelle peut être cueillie du 15 juillet au 1er septembre.

Le truc du cueilleur

Le cycle de vie de la chanterelle est de 42 jours. Si vous trouvez une talle avec de petits spécimens, revenez au bout de 2 ou 3 semaines pour les cueillir, ils seront alors beaucoup plus gros. Une talle peut être ainsi visitée à 3 ou 4 reprises durant l’été.

Technique de cueillette

Durant la cueillette des champignons, notre regard est dirigé vers le sol. Il est donc facile de s’égarer. Quand on entre dans une forêt inconnue, il faut toujours avoir une trousse de survie avec soi, et une boussole, au minimum.

La cueillette est facile, et le défi consiste surtout à trouver la talle! Les chanterelles repérées, vous pouvez leur couper le pied avec un petit couteau. Nettoyez sommairement le champignon et déposez-le dans son panier.

Le truc du cueilleur

Un champignon inconnu qui a été cueilli à des fins d’identification pourrait être toxique et doit toujours être gardé dans un sac à part afin d’éviter de contaminer les espèces comestibles.

Mise en garde

L’aspect des champignons varie à différents stades de leur maturité. Il ne suffit donc pas d’identifier un spécimen à partir d’une image, il faut apprendre à décrire chacune des parties du champignon pour s’assurer de cueillir la bonne espèce. Pour en être certain, validez l’identification à l’aide de plusieurs livres, ou rapportez vous à un expert. Abstenez-vous de cueillir si vous avec des doutes.

La chanterelle est très facile à reconnaître et les chances de la confondre avec d’autres espèces sont minces, mais il faut demeurer vigilant : il existe une espèce toxique qui peut être confondue avec la chanterelle. Il s'agit du clitocybe lumineux Clitocybe illudens qui se distingue de la chanterelle par sa grande taille (jusqu'à 20 cm), sa croissance en grosses touffes denses sur des racines et souches de chêne, et par ses lamelles plutôt que les plis dont la chanterelle est munie.

Histoire de la plante

Les diverses tribus d’Amérindiens d’Amérique du Nord faisaient peu d’utilisation des champignons si ce n’était la consommation d’espèces psychotropes par les chamans et guérisseurs, surtout au Mexique et au Guatemala. Au Canada, les autochtones utilisaient les champignons uniquement comme brasier.

Alors qu’ils sont connus depuis toujours en Asie, en alimentation et en pharmacopée, les champignons ont mis du temps à être appréciés en Europe. Il semblerait que les peuples de l’Est (Russes et Hongrois) ainsi que les Catalans d’Espagne et de France connaissent les champignons comestibles depuis très longtemps. Vinrent ensuite les peuples d’Europe de l’Ouest, l’Italie et de la France qui en consomment depuis environ 3 siècles. Mais l’Allemagne, les pays scandinaves et l’Angleterre demeurèrent méfiants et réfractaires à leur consommation jusqu’à tout récemment.

Le marché des champignons, qui est maintenant florissant au Québec, a mis beaucoup de temps à se développer. Le coup d’envoi a été donné par René Pomerleau, considéré comme le père de la mycologie québécoise. Créateur des cercles de mycologues, il a donné aux Québécois le goût de la connaissance de la nature et a beaucoup contribué à faire une place pour les champignons à notre table.